Nom du Freud

Prélude – FCL Turquie

1ère Journée en ligne de la Zone Plurilingue de l’IF-EPFCL 

Nous avons décidé de suivre le séminaire L’angoisse de Lacan pour les travaux de cette année au Forum de Turquie. Ce séminaire étant un texte fondateur sur la naissance de la psychanalyse lacanienne, il a été intéressant de conduire la lecture théorique du séminaire en faisant un lien avec les événements qui ont conduit à la naissance de la psychanalyse lacanienne.

En concluant le séminaire L’angoisse par la séance dit «Du a aux Noms-du Père», le 3 juillet 1963, il fit une introduction au séminaire de l’année suivante. Dans ses propos, il a mis l’accent sur le manque structurant en faisant la transition du Nom-du-père aux noms-du-père. (1) Par la suite, il a prononcé un séminaire intitulé « Les Noms-du-Père » le 20 novembre 1963 où il a informé son auditoire qu’il ne pourrait pas tenir le séminaire comme prévu qui devait se poursuivre tout au long de l’année (2). Ce propos, qui peut être perçu comme une vengeance et dans lequel on sent son reproche et sa fragilité, se focalise sur la question «qu’est-ce qu’un père?». Le moment où Lacan commence à poser la question du père avec beaucoup de sérieux correspond historiquement au berceau de la psychanalyse lacanienne. À cet égard, le thème du Forum de la Zone Plurilingue d’Athènes est une continuation de nos travaux cette année.

Freud a tenté de répondre à la question de savoir ce qu’est un père avec le père mythique dans Totem et Tabou. Ce père est le père primordial. Il possède toute la jouissance et sa puissance prend son autorité sur sa propre existence comme une cause première. C’est pourquoi la question de l’existence est bloquée. Lacan dit que la cause vient après le désir, et que le désir lui-même ne peut pas être sa propre cause. Le sujet précède la question de l’existence (3). La cause du désir est le manque, et sans ce manque la question de l’existence ne se pose pas. Le père primitif mentionné par Freud est exempt de la question de la cause. En fait, Freud a dû tuer le père primitif pour parler du père, bien que Lacan dise que la tentative de Freud était encore une tentative de garantir à tout prix l’existence du père … (4)

Le père primitif que Freud a tenté de tuer avec son mythe est pré-culturel et une créature d’une puissance infinie. On peut facilement avoir l’idée dès les premières lignes de Totem and Taboo que ce père est un homme. Cependant, il n’est pas possible de parler du sujet ici, ni de savoir si le sujet est un homme ou une femme. La sexuation est une division subjective. Ce père primal qui appartient à un mythe pré-subjectif, est omnipotent et pas assujettis à la sexuation et à la subjectivité.

Plus tard, dans le texte de Freud sur Moïse et le monothéisme, contrairement au père bestial de Totem et Tabou, un père divin apparaît, et ce Père est nécessaire comme défense contre la menace de la féminité. Ici, l’angoisse œdipienne est dirigée vers la mère et non vers le père. Après Totem et Tabou, Freud a tenté de trouver une réponse, qui intègre la subjectivité, à la question «Qu’est-ce qu’un père?» Le Père mentionné dans ce texte se tient entre la femme et l’homme à cause de sa divinité. Lacan mentionne dans son séminaire Encore que Dieu en tant que face de l’Autre est entre l’homme et la femme. (5) Selon Lacan, ce second mythe du Moïse et le monothéisme peut être lu comme une inclusion de la fonction symbolique du père dans la subjectivité.

La mort du père n’élimine pas la loi, mais la rend bien plus forte. Dans le mythe de l’Œdipe, le meurtre du père n’ouvre pas la voie aux rapports sexuels avec la mère, au contraire, il établit la loi de l’interdiction de l’inceste. C’est la fonction paternelle. Pour que le fils monte sur le trône, il doit tuer son père et ainsi rencontrer la castration. Le père, qui est l’agent de castration, est le Père Réel (6), et la position de ce père est impossible à atteindre. Lacan dit: « que le père réel n’a pas d’autre réel.. il n’est pas autre chose qu’un effet du langage. » (7). Il est l’agent de la castration qui est l’effet des signifiants sur la rapport sexuelle qui est impossible. Père, comme nom, produit l’interdiction de l’inceste par la castration. (8)

Plus tard dans le séminaire du RSI, Lacan formule le-Nom-du-Père en termes d’imaginaire, de symbolique et de réel et il parle de sa fonction de faire le nœud Borréméen. Il souligne qu’il a pour fonction de séparer l’Imaginaire, le Symbolique et le Réel l’un de l’autre comme un quatrième nœud. La fonction du père est de nommer et il est nécessaire de garder l’Imaginaire, le Symbolique et le Réel distincts l’un de l’autre. De plus, comme dans le nœud borroméen, les-Noms-du-Père peuvent être indéfinis. (9)

Ce qui reste à la psychanalyse de la mort du père, c’est son nom. Le nom marque la chose qui deviendra plus tard le sujet. Cependant, cet être marqué ne le sait pas encore. Des questions sur ce signifiant qui marque l’être se produisent après la naissance du sujet. Quand Lacan parlait de la maîtrise du nom, il faudrait l’entendre comme un discours analytique ne pouvant être réalisé qu’à travers quelque chose innommé. Les événements qui ont conduit à la naissance de la psychanalyse lacanienne sont synchrones avec l’ouverture par Lacan d’une longue discussion sur cette chose innommé. Dans son propos du 20 novembre (10) , il souligne que le nom de Freud est devenu de jour en jour de plus en plus non fonctionnel. La fonction des choses, qui se regroupent autour d’un Nom qui est devenu chaque jour non fonctionnel, c’est laisser derrière lui l’objet a. Ainsi, le discours analytique et la clinique du pas-tout sont devenus possibles.

 

Begüm Topaloğlu & Sinan Tayfur

Traduction : Simge Zilif

Membres de Forum du Champ lacanienne de Turquie

 

Bibliographie:

  • (1)Lacan, J., Seminar Anxiety, op. cit., lecture of July 3, 1963, p.336.
  • (2)Lacan, J., (2012), Baba-nın-Adları, (Ersan.M., Trans.), (Original work published 1963), p.62.
  • (3)Lacan, J., (2012), Baba-nın-Adları, (Ersan.M., Trans.), (Original work published 1963), p.68.
  • (4)Lacan, J., Seminar The Foundation of Psychoanalysis, 1964
  • (5) Lacan, J., Seminar Encore, op. cit., lecture of February 20, 1973.
  • (6)Lacan, J., Seminar The Other Side of Psychoanalysis, op. cit., lecture of March 18, 1970.
  • (7)Lacan, J., Seminar The Other Side of Psychoanalysis op. cit., lecture of March 18, 1970, p.153.
  • (8)Lacan, J., Seminar R.S.I. , op. cit., lecture of February 11, 1975.
  • (9)Lacan, J., Seminar R.S.I. , op. cit., lecture of April 15, 1975.
  • (10)Lacan, J., (2012), Baba-nın-Adları, (Ersan.M., Trans.), (Original work published 1963), p.96.

 

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